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Pékin à portée de pagaie
Rennes Canoë Kayak Jeux Olympiques
Bertrand Hemonic et Vincent Lecrubier, licenciés au canoë-kayak Club de Saint-Grégoire, partent samedi en Asie pour un dernier entrainement avant les J.O. Le premier international a 29 ans et un sérieux CV. Le deuxième n'a que 22 mais il est l'un des plus prometteurs de sa discipline. L'un comme l'autre pourrait bien se tailler la part du lion à Pékin. Quatre jours avant le départ, rencontre avec ces deux tricolores.

Qu'est-ce qui vous a amené vers le canoë-kayak?
Vincent Lecrubier: Mon père a fait du kayak quand il était jeune. Quand on s'est installés à Betton, mon père est passé au club de Saint-Grégoire, qui est assez dynamique. Il y a retrouvé des gens avec qui il avait fait du kayak et il m'a inscrit. Quand les jeunes commencent le canoë-kayak, on leur apprend d'abord à faire du kayak. C'est plus facile car c'est symétrique alors qu'avec le canoë, on ne pagaie que d'un côté. Le kayak m'a plu et j'ai continué.
Bertrand Hemonic: J'ai commencé tard. C'était en 1991 et j'avais 12 ans. Avant, j'avais fait des sports individuels : de la natation et de l'escalade. Au club de Pontivy, j'ai débuté par le kayak car c'est plus stable. J'en ai fait les deux premières années. Après, je suis passé au canoë. Les sensations ne sont pas les mêmes : avec le canoë, on est beaucoup plus haut sur l'eau. Et puis, le club de Pontivy formait surtout au canoë. Un an après mon arrivée, il y a eu un membre du club médaillé olympique en canoë.
Quelle est votre discipline de prédilection?
V.L: Ma spécialité, c'est la course en ligne. Le but, c'est d'aller le plus vite possible sur 500 ou 1 000 mètres. Le marathon, j'en ai fait un peu, mais ce n'est pas discipline de prédilection. Aux J.O., je serai en binôme [ndlr: avec Sébastien Jouve, de Rouen]. D'habitude, au niveau international, je fais pas mal de quatre places. Donc le biplace à ce niveau-là, c'est assez nouveau pour moi, même si j'en avais déjà fait en Junior.
B.H.: Je fais de la course en ligne. J'ai longtemps fait du monoplace et, pour les J.O., c'est dans cette discipline que je cherchais à me sélectionner. Mais finalement, je partirai en biplace pour le 500 m et le 1 000 m [ndlr: avec William Tchamba, de Boulogne sur Mer].
Et comment vous vous préparez ?
V.L.: On se prépare exactement comme pour les championnats du monde. Il n'y a pas de raison que ce soit différent. Et puis, pour être efficace dans l'entraînement, il ne faut pas en faire trop.
B.H.: Il n'y a pas de préparation particulière, mis à part qu'on a beaucoup plus de stages. Au lieu de 20 heures en temps normal, en ce moment on est à 30 d'entraînement par semaine. Je suis ingénieur chez EDF à mi-temps, donc pendant cette période, je suis à tiers-temps.
On va aussi partir samedi au Japon pour se préparer au décalage horaire et au climat chaud et humide de l'Asie.
Qu'est-ce qui pourrait vous faire peur à Pékin?
V.L.: Les adversaires. Les meilleurs sont généralement européens, surtout les Allemands. Depuis 2003, leur équipage est champion du monde tous les ans. Ils ont même obtenu un titre olympique en 2004.
Ce qui me fait peur aussi, c'est de ne pas être à la hauteur d'un point de vue psychologique. Les J.O., c'est tout nouveau pour moi. Il y a beaucoup de pression donc il va falloir que j'oublie que c'est l'épreuve reine devant les championnats du monde.
B.H.: Je suis plutôt confiant. Les sélections européennes sont très dures par rapport à celles des autres pays, donc ça prouve qu'on est déjà à un bon niveau. Et puis, les J.O., c'est comme les championnats du monde.
Cinq minutes avant la compétition, à quoi pensez-vous et que faites-vous?
V.L.: Au moment de la sélection lors des Championnats d'Europe, ce n'était pas plaisant. On ne profitait pas trop du fait qu'il y avait les Jeux au bout. Généralement, je suis hyper concentré et hyper stressé. Sinon, on a des rituels avant les courses. Pendant l'échauffement, par exemple, il y a des protocoles : il faut que je monte sur l'eau 1h30 avant la course et que je fasse 500 mètres à fond. Si je ne le fais pas, psychologiquement, ça ne va pas.
B.H.: A force de faire des compétitions internationales, on arrive à gérer le stress. On fait un peu de sophrologie notamment. Pour le physique, on peut aussi aller voir les kinés. C'est un sport un peu dur : on arrive en lactique, c'est-à-dire qu'on a les bras durs par moment.
Vincent et Bertrand, comment vous vous êtes rencontrés?
V.L.: C'était au championnat du monde de marathon en 2003. Bertrand a été sacré champion du monde lors de cette compétition. pour moi, ça a été tout de suite une référence. L'année d'après, il est venu s'inscrire au club de Saint-Grégoire, dans lequel je m'entraînais. Maintenant qu'on est tous les deux en Equipe de France Senior, on s'entraîne ensemble et c'est un groupe qui marche.
B.H.: Il est Breton et moi aussi. Il a aussi fait des compétitions internationales comme le championnat du monde de marathon en 2003. Et depuis 2004, on est dans le même club. Même si aujourd'hui il s'entraîne à Toulouse et moi à Rennes, on se voit beaucoup plus en ce moment avec les stages de préparation pour les J.O.
Quel est votre pronostic sur lui pour les J.O.?
V.L.: Je ne peux pas faire de pronostics... Avec son coéquipier, ils peuvent aller très vite, notamment grâce à leur technique. Ils ont montré qu'ils ont bien progressé de courses en courses ces temps-ci.
B.H.: C'est pas évident de faire des pronostics. Il a bien progressé cette année. Il a la fougue de la jeunesse et physiquement, il commence à arriver à son meilleur niveau. Je le vois au moins en finale. Mais c'est la course qui le dira.
Photos : CKCIR / Y. Drider
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