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Prostitution : de Saint-Hélier aux bancs de l'université
prostitution rennes
RETRO. Cet été, nous vous proposons de revivre les articles les plus marquants de cette année 2007-2008. Focus sur le plus vieux métier du monde, paraît-il. Depuis des siècles, des hommes et des femmes se prostituent. Et bien que d'un coup de balai « sécuritaire », Nicolas Sarkozy a tenté de cacher le tout sous le tapis, avec sa loi Sécurité intérieure, la prostitution est toujours aussi présente en France. Elle s'est juste parée de nouveaux atours. Petit tour d'horizon des évolutions de ce phénomène, à l'échelle rennaise.

Quel Rennais n'a jamais entendu parler de la rue Saint-Hélier et de ses sulfureuses activités nocturnes ? C'était en 2001 et au bas des immeubles, non loin de la gare, une trentaine de prostituées venues d'Afrique noire offrait au vu et au su de tous, ses services. Sébastien Sémeril, actuel adjoint au sport, et nouvellement élu du quartier Saint-Hélier à l'époque, se souvient.
« Ça a été une surprise pour tout le monde. Cette prostitution visible et massive était une nouveauté, comme dans beaucoup d'autres villes. Il y a eu un certain agacement des riverains, car leur présence engendrait des effets néfastes : tapage nocturne, sentiment d'insécurité, de voyeurisme... » Le premier travail de l'élu a donc été celui d'informer la population avoisinante à travers des rencontres régulières avec l'association de quartier, la police, les assos d'aide aux prostituées...
Seconde étape : la répression. « Il y a eu deux formes d'action. Le démantèlement du réseau de prostitution, qui était international, avec l'enquête judiciaire, les planques... Et la présence policière sur le terrain, pour établir des contraventions, tant aux prostituées qu'aux clients, pour exhibition sexuelle. » Saupoudrez le tout d'une petite loi sécuritaire et comme par magie, les prostituées font place nette. « Ce que nous redoutions est arrivé, explique Sébastien Sémeril, le phénomène prostitutionnel est de nouveau devenu invisible. »
Prostitution et internet : des étudiants sur le réseau
Invisible, oui. Car si la rue Saint-Hélier a aujourd'hui retrouvé sa « bonne mine » d'antan, la prostitution, elle, est toujours bien présente sur Rennes. Balayée de sous nos yeux, elle a su s'adapter au travail de l'ombre. « Aujourd'hui la prostitution est cachée, explique Brigitte Rocher, du Planning familial. Dans des bars à hôtesses, des salons de massage, à travers des petites annonces dans les journaux, sur internet... On y retrouve aussi des femmes mariées, des étudiants... »
La prostitution étudiante... Un phénomène dont on parle beaucoup ces derniers temps. Selon le syndicat Sud Etudiant, 40 000 jeunes en études seraient, en France, touchés par la prostitution. On ne parle plus alors de « prostitué(e) » mais « d'escort » et la toile internet a remplacé les trottoirs. « Belle étudiante pétillante propose massages raffinés sur Rennes », « Lucie, jeune étudiante sulfureuse de bonne famille propose ses services sur Rennes moyennant rémunération »...
Une façon rapide, la plupart du temps, bien que douloureuse, d'arrondir les fins de mois pour des étudiants de plus en plus précaires. « En plus de l'accès aisé à internet, grâce auquel la rencontre d'un jour sous forme tarifaire est facilitée, la situation de misère sociale est de plus en plus forte, explique Loïck Villerbu, de l'institut de criminologie de Rennes 2. Avant on retrouvait ces pratiques chez les fugueurs, qui avaient besoin d'argent pour manger. »
Selon notre professeur, cette forme de prostitution étudiante prendrait parfois des allures de troc. Analyse confirmée par Aurore Colinet, psychologue au Planning familial de Rennes : « On ne parle plus forcement d'échange d'argent. Il y a certains étudiants qui font cela contre un logement, pour de la nourriture... Et puis, il ne faut pas se le cacher, d'autres pour avoir le dernier sac, les dernières chaussures à la mode. »
« Comment faites-vous pour gérer votre budget ? »
Seulement voilà, l'anonymat du web rend de plus en plus difficiles les missions des travailleurs sociaux dans ce domaine. Anne-Marie Coupé, du service social du Crous de Rennes, explique toute la complexité de pouvoir poser le sujet sur le tapis : « Il y a bien des doutes parfois, quand on sait que l'étudiant n'a pas de bourses, pas de soutien financier familial, qu'on voit qu'il est vraiment très très bien habillé, mais ce n'est jamais dit clairement. C'est extrêmement délicat d'aborder ce sujet. On demande plutôt Comment faites vous pour gérer votre budget avec le coût de la vie actuellement ? » Réponses : Je travaille dans un bar ; Je fais des extras...
Le problème, contrairement à la prostitution visible, devient donc celui de la prévention et de la prise en charge de ces étudiants, le plus souvent en souffrance. « Lorsqu'ils viennent nous voir pour des consultations médicales et que nous avons un doute, on ne parle pas directement de prostitution, confirme Aurore Colinet, du Planning familial. On essaie de savoir s'il y a des rapports à risques, des partenaires différents... » « Et en cas de doute, poursuit Brigitte Rocher, on peut les orienter vers un psychologue, un conseiller... Mais c'est extrêmement compliqué. »
Aides, de son côté, constate aussi les difficultés liées à la prévention : « Nous avons arrété l'action de prévention et de soutien en septembre 2006 suite à l'absence d'une activité de réseau de prostitution, visible et accessible par nos militants. Nous restons cependant en veille au cas où une activité reprendrait. Nous restons en relation avec les quelques personnes prostituées qui maintiennent difficilement leur activité dans le contexte repressif de ces dernières années.
»
Pratique. Sur le sujet : Mes chères études, Laura D., Max Milo, 2008 et La protitution étudiante à l'heure des nouvelles technologies de communication : Essai, Eva Clouet, Max Milo, 2008.
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