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Quand les plumes du journal des détenus rennais nous parlent...
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RETRO. Chaque mercredi, cet été, nous vous proposons de revivre les articles les plus marquants de cette année 2007-2008. En juin dernier, nous avons suivi, à la maison d'arrêt Jacques Cartier à Rennes, Elise et Elodie qui s'occupent d'animer l'une des maintes activités proposées par groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées (Génépi). Au dernier étage de l'établissement, Bruno, Gilbert, Guy, Clément et Guillaume*, bûchent avec les étudiantes sur le 8e numéro de La Souris, le journal interne de la maison d'arrêt.

« Tu en es où toi dans ton article... »
_ Moi ? Mais, c'est fini !
_ Elise, t'as lu mon papier ? »
La scène pourrait ressembler à n'importe quelle conférence de rédaction dans n'importe quel journal. A la différence près que pour s'y rendre, il faut réussir à montrer patte blanche au surveillant de la grande porte bleue, sortirr une pièce d'identité avant de s'équiper d'une alarme portable et d'un badge visiteur pour ensuite passer aux rayons X et détecteurs de métaux, attendre qu'une première porte s'ouvre puis se referme pour que le prochain verrou se désactive. Voilà, bienvenue dans la zone de détention de la maison d'arrêt Jacques Cartier. La réunion se tient au dernier étage.
Le tour de table
« On essaie de toujours faire un tour de table au début pour faire le point. Mais ça ne se passe jamais de la même manière », explique Elise, membre de l'association dont l'une des activités est d'encadrer la confection du journal
Autour de la table, les rédacteurs écoutent. Ils ont entre 35 et 50 ans. Tous ne sont pas là ce mardi matin mais cela n'empêche pas la parole de tourner. Certains la prennent volontiers, d'autres préfèrent s'exprimer à bon escient. En chef d'orchestre, Bruno* ( les prénoms présents dans l'article sont des prénoms d'emprunt). Trente-cinq ans, cheveux noirs, sourire aux lèvres, il bout sur sa chaise. Sa spécialité : l'expression libre et la poésie.
En face de lui, Guy, le métronome. La quarantaine, le ton posé, il ne veut pas fâcher mais n'est pas pour autant prêt à se laisser marcher sur les pieds. Lui, ouvre pour la rubrique santé et droit du canard.
Plus en retrait, Gilbert, la cinquantaine, lunettes sur le bout du nez, pointilleux, il est là pour avancer alors il se lève pour boucler son travail sur un ordinateur. Ses papiers sont anglés sur des thématiques précises : le bâtiment et la biodiversité intérieure. A ses côtés, Guillaume, 35 ans. Timide, c'est sa première.
En retard, Clément pénètre dans la salle. Vêtu d'une blouse bleue, 45 ans, le bibliothécaire de la maison d'arrêt n'est pas là pour le divertissement. Il veut défendre ses articles sur le Portugal et le Mont Saint-Michel.
« Quand on est enfermés 24 / 24... on oublie vite ce que c'est que de travailler en groupe »
Tous les rédacteurs se sont confectionnéS une chemise qu'ils ont étiquetée « Journal » ou « Génépi ». Guy l'ouvre pour montrer ses dernières trouvailles. « Dès que je vois un document qui m'intéresse, un article qui peut m'aider, je le découpe et le mets de côté ! »
Le détenu vient d'avoir une idée : « On pourrait faire un papier sur l'hygiène, la santé dans le monde carcéral. Comment s'adapter ? Il y aurait des choses à dire ! ». L'idée n'est pas perdue mais actuellement, la thématique lancée pour le prochain numéro est tout autre. « On travaille en groupe pour faire un dossier sur la démocratie. Il y a eu les élections, les JO à Pékin. Bref, pas mal de choses à dire même si on a du mal à tenir les délais », avoue l'une des Génépistes.
Peu importe si les délais s'allongent. La douzaine de pages s'écrit à son rythme et
« On voit de moins en moins de journaux jetés par les fenêtres »
Les récents numéros prennent mieux auprès des autres détenus. Le baromètre est simple : « On voit de moins en moins de journaux jetés par les fenêtres. Ca fait mal au coeur quand tu vois les pages dans la cour. C'est facile en plus parce qu'elles sont imprimées sur du papier jaune. » Bruno reprend. Lui aussi sent que
« Quand je suis arrivé, je trouvais que ça manquait d'esprit de groupe. En plus, il faut savoir que chez les détenus, il y a une grosse population analphabète. J'ai vite voulu redescendre la barre mais aussitôt les détenus m'ont fait remarquer que ce n'est pas comme cela qu'on tire les autres vers le haut », se rappelle Elise. Les rédacteurs du journal sont les bons élèves de l'établissement : diplômés, volontaires pour multiplier les activités.
Les minutes défilent. La discussion ferait presque oublier l'ambiance bruyante et pesante du lieu. Bénédicte Riocreux, directrice adjointe de l'établissement, s'immisce dans l'atelier : « Vous faîtes un journal de qualité. Je le pense vraiment. Je ne le dis pas pour vous faire plaisir ».
Les détenus acceptent le compliment comme ils acceptent "les règles du jeu". Comprenez, la censure. Avant toute publication, tout doit être relu et validé par l'administration. « Ils savent très bien ce qui peut être écrit ou pas. C'est aussi notre rôle que de parfois leur faire comprendre que tel ou tel passage va faire tiquer. Il arrive que l'on s'auto-censure, mais on en parle toujours », explique Elodie du Génépi.
Le mot censure ne plaît pas à la directrice adjointe. « On regarde avant tout pour qu'il n'y ait pas d'erreurs ». Il faut aussi que certaines barrières ne soient pas franchies. « On est les représentants de l'Etat. On ne peut pas laisser passer certaines choses. Mais honnêtement depuis deux ans, je n'ai dû demander qu'à deux reprises le retrait ou la modification d'un article ».
Au final, le problème semble être ailleurs. « Avec la censure, la relecture. Tout prend toujours beaucoup de temps. Entre la censure et la diffusion du journal, ça peut prendre un mois », glisse Elise. Le dernier numéro s'est d'ailleurs égaré en route. Alors que l'équipe travaille sur le 8e opus de
« Je voulais qu'on trouve une identité »
En attendant que le nouveau numéro soit photocopié et distribué, Bruno, présent depuis la première édition, explique le nom du titre : « J'avais déjà connu un journal dans un autre établissement. Comme on n'avait pas trouvé de nom, on l'avait appelé le Journal. Ici, je voulais qu'on trouve une identité, c'est important. On parlait avec
11h30, la séance touche à sa fin. Pendant plus de deux heures, on se serait presque cru ailleurs. Sans broncher, les détenus rejoignent leur cellule tandis que les deux étudiantes se dirigent vers la sortie. L'un des rédacteurs les rattrapent avant qu'elles ne referment la porte, et ce pour une semaine. « Mardi prochain, j'aurai fini mon article, je crois que je vais finalement le modifier un petit peu ! »
J'aimerais savoir comment se passe les journée d'un détenu. Mon ex est incarcéré depuis peu et ça m'interesse. merci
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