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«J'ai désormais cinq ans pour ne me consacrer qu'à ça»
anne marie kermarrec gossple inria
Ça, c'est Gossple, le nouveau projet d'Anne Marie Kermarrec, directrice de recherche à l'INRIA sur le campus de Beaulieu. Elle vient de décrocher le gros lot scientifique en obtenant une subvention d'un million d'euros. Elle a désormais cinq ans devant elle pour lancer un moteur de recherche où chaque utilisateur peut informer l'autre.

« Je prends souvent le même exemple. Imaginez une famille rennaise qui cherche une étudiante anglophone pour effectuer du baby-sitting en échange d'un toit et d'un couvert. Avec les moteurs de recherche actuels, du style Google, vous ne trouverez aucun résultat probant. Pourtant, ça doit bien exister ! Aujourd'hui, le meilleur moyen de satisfaire cette requête est de connaître l'adresse mail de tous les étudiants étrangers de Rennes ou d'aller mettre une annonce sur un panneau à l'université... », explique Anne-Marie Kermarrec.
La chercheuse rennaise s'est alors posée sur le problème. Comment faire ? Avec un bon bagage en protocoles épidémiques, elle trouve une idée. Et si l'on utilisait chaque utilisateur plutôt que de passer par un moteur de recherche. « Il faut décentraliser tout cela et s'affranchir des multinationales ! On réfléchit à des méthodes de peer to peer où l'info peut être mise à disposition de n'importe quel ordinateur. Je veux placer l'individu au centre de la recherche avec un phénomène de feed back ». Les amateurs d'emule comprendront le processus. « Pour moi, ce doit être un outil vraiment complémentaire de Google ».
Un million d'euros pour développer le projet
Elle couche alors son idée sur le papier. Son projet s'appelle : Gossple. « Ca ne représente pas plus d'une quinzaine de pages », lâche-t-elle. Puis, Anne Marie Kermarrec met le tout dans une enveloppe pour postuler à une bourse européenne. Depuis 2007, le Conseil Européen de la Recherche a décidé de mettre les moyens pour toucher l'excellence, le dynamisme et la créativité de la recherche en Europe. Objectif : concurrencer les Etats-Unis.
Comme la Rennaise, plus de 10 000 chercheurs envoient leur projet. Seulement 300 retiennent l'attention de la commission. Anne Marie Kermarrec en fait partie. L'Europe lui signe alors un chèque d'un million d'euros pour lancer son projet. « Ca va me permettre de me focaliser sur le projet pendant cinq ans. Je vais pouvoir m'entourer des meilleurs chercheurs, aller dans les meilleurs laboratoires, m'équiper... » Bref, Gossple va guider ses cinq prochaines années.
Vous l'aurez compris, elle ne travaille pas sur ce que vous utiliserez demain mais après-demain. Habituée à se projeter dans les technologies que l'on utilisera dans les années à venir, elle avoue : « C'est beaucoup de pression. C'est excitant, c'est pour cela qu'on devient chercheur. Si l'on met autant de moyens à disposition, c'est aussi que l'on attend un retour ».
« De nombreux verrous scientifiques sont à lever »
Il faut désormais mettre les mains dans le cambouis... Et ça, elle connaît. Après une thèse obtenue ici à Rennes, plusieurs années à l'étranger dont quatre à Cambrige chez Microsoft Research et un retour à Rennes pour le poste directrice de recherche à l'INRIA, elle repart à zéro. « Pour l'instant, je ne peux rien vous montrer. Rien n'est encore lancé. Je n'ai rien de plus que cette quinzaine de pages ! »
Tout ce qu'elle sait pour le moment, c'est que son projet « devra être capable de connecter des millions d'utilisateurs et d'objets tout en navigant efficacement dans cet espace géant, capturer les affinités, les habitudes, la dynamique des données et des utilisateurs, les comportements déviants et les prendre en compte dans les algorithmes de requêtes, fournir des mécanismes pertinents pour mettre en correspondance l'offre et la demande ».
Au programme, des vrais casse-têtes se dessinent : « De nombreux verrous scientifiques sont à lever dans le domaine de la conception de réseaux logiques, de la conception de protocoles de recherche, du déploiement, de la sécurité et de la programmation d'applications distribuées ». Pour se faire, elle a cinq ans devant elle. Cinq ans pour peut-être créer un outil aussi renommé que Google...
Preuve que Rennes 1 a des gens de compétence dans ses rangs !Quand est ce que l'on parlera + de Rennes 1 que de Rennes 2... Franchement nos matheux sont l'avenir !
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