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Bonito : "J'étais prêt au dépaysement"
Bonito Rennes hip-hop
"Le pigeon-voyageur", ça pourrait être le titre du prochain album de Bonito. C'est au fil de ses voyages que ce nouveau venu sur la scène hip-hop rennaise a su développer son talent. Du Cameroun, sa terre natale, à la Chine, et de la Chine à Rennes, Bonito revient sur les étapes de son ascension artistique. Focus sur ce rappeur qui joue ce soir à la plaine de Baud.

Pourquoi êtes-vous parti en Chine en 2004 ?
Au Cameroun, j'ai rencontré des gens qui partaient en Chine. De mon côté, j'avais aussi envie de partir, de changer d'atmosphère. Comme j'avais fait des études d'économie et que je savais qu'il y avait des échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique, j'ai décidé de partir avec eux.
Je me disais que, là-bas, je pourrais trouver un travail. Arrivé en Chine, je me suis inscrit à l'université pour apprendre le chinois.
Passer du Cameroun à la Chine, ça fait un sacré changement...
J'étais prêt au dépaysement. Et puis, avant de partir, j'avais travaillé avec des Chinois au Cameroun. Mais quelque chose m'a quand même marqué. La plupart des Chinois que j'ai rencontrés n'avaient jamais vu de noirs. Donc ils nous regardaient beaucoup et certains nous touchaient pour voir si on n'avait pas de maquillage sur la peau !
Vous n'étiez pas parti pour faire de la musique. Comment vous vous êtes retrouvé un micro à la main en Chine?
J'ai toujours aimé la musique et le hip-hop en particulier. J'ai toujours fait de la scène au Cameroun : j'ai eu un groupe de danse depuis le collège jusqu'à l'université. Mais je ne chantais pas.
Une fois en Chine, je me suis mis à écrire. Au départ, pas sur des sujets sérieux. Je parlais de ma vie quotidienne. Et puis, j'ai vu des choses qui m'ont donné envie de réagir. Par exemple, un soir, j'étais dans un bar avec un pote noir. Et il a eu un problème avec un mec qui l'a traité d'esclave. Il s'est mis en colère mais un Américain et un Allemand qui étaient là lui ont conseillé de se calmer. Ils nous ont dit que c'est nous qui allions avoir des problèmes, parce que si la police arrivait, c'est nous qu'elle éjecterait parce que nous étions noirs.
Là, j'ai compris qu'il y avait des différences de culture. Au Cameroun, je ne pensais pas qu'être noir ou étranger pouvait poser problème.
Et vous avez fait des concerts en Chine?
Lors d'une soirée hip-hop, j'ai eu l'opportunité de chanter. Et dans toutes les villes où je suis allé, j'ai continué à faire des animations dans les bars fréquentés par les étrangers, même si je n'étais pas programmé. Je faisais à peu près deux concerts par mois.
On n'imagine pas que la Chine soit le pays du hip-hop. Il y a vraiment des amateurs là-bas?
Les nouvelles générations sont intéressées par ce qui se passe dans le monde entier. En Chine, il y a même des groupes de hip-hop et j'ai fait des battles avec des MC's chinois. La plupart chante en chinois, mais ils s'habillent exactement comme les mecs qui font du hip-hop en Europe. Et parfois même mieux ! Moi, je chante en anglais car ma langue natale, c'est le Broken English, un anglais parlé lentement. Je ne chante pas non plus en français. J'ai essayé d'écrire en français, mais ça ne m'intéresse pas parce que je ne maîtrise pas complètement la langue. Du coup, je ne me sens pas à l'aise.
En 2006, après deux ans passés en Chine, vous avez décidé de partir. Pourquoi ? Et surtout, pourquoi avoir choisi Rennes comme point de chute?
Je suis parti pour des raisons de vie privée. On va dire que j'ai suivi quelqu'un qui venait à Rennes.
Je ne connaissais pas du tout cette ville quand je suis arrivé en août 2006. Mais je savais que je voulais aller dans une grande ville pour pouvoir progresser dans la musique. Quelques temps après mon arrivée à Rennes, j'ai été étonné de voir que pas mal de gens étaient intéressés par ce que je faisais. J'ai notamment rencontré un DJ, DJ Keshkoon. J'ai écouté ce qu'il faisait, ça m'a plu et depuis, il est devenu mon DJ.
En deux ans, vous avez réussi à vous faire une place sur la scène rennaise. Comment en êtes-vous arrivé là?
C'est sur myspace que les gens ont entenu parler de moi et ont commencé à écouter mes titres. Et puis, à plusieurs reprises, j'étais invité dans des soirées où on m'a donné le micro alors que ce n'était pas forcément prévu. La première fois, c'était au 1929, quelques semaines seulement après être arrivé à Rennes. Et puis les gens du Jardin Moderne m'ont beaucoup aidé en me faisant jouer et en parlant de moi autour d'eux. Le Crij aussi en me permettant de jouer pour la sortie de mon premier album en février dernier.
C'est quoi vos projets maintenant ?
J'ai envie de voyager donc je vais bientôt partir en Angleterre. Je veux me donner les moyens de faire davantage de musique et pourquoi pas faire un nouvel album. J'ai des amis là-bas et j'ai déjà un concert prévu le 20 septembre à Leicester devant un public de Camerounais. Par contre, je ne veux pas aller jouer au Cameroun tant que je ne serai pas un pro. Car là-bas, il n'y a pas d'amateurs, donc les gens ne comprendraient que je ne passe pas en boucle à la radio.
Sinon, je vais toujours faire des concerts à Rennes, ça reste ma base. D'ailleurs, j'ai un concert prévu le 2 octobre dans le cadre d'un tout nouveu festival rennais de hip-hop.
Pratique :
Il est ce soir en concert à l'Elaboratoire, plaine de Baud. Plus d'infos.
Crédit photo : Yohann Lepage
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