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Les Gwitchins, témoins de l'humanité durable
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On le connaît pour avoir trôné pendant quatre mois aux Champs Libres, avec son exposition Peuple. Le photographe Pierre de Vallombreuse revient cette fois-ci sur le thème Hommes racines. Un parcours en cinq volets, dont le premier, dédié aux Gwitchins, garni déjà les murs de l'escalier de la Bibliothèque. Petite ascension avec l'artiste comme guide de la visite.

Les Gwitchins ? Bien malin celui qui saura pointer sur une carte ce peuple autochtone. Pierre de Vallombreuse, lui, les a non seulement localisés, mais il est même allé à leur rencontre... aux confins du Yucon et de l'Alaska. « Je me suis rendu à Old Crow, la capitale de 300 habitants. Il n'y a aucune route qui la relie au monde extérieur. On ne peut y accéder que par avion, ou par la rivière Porcupine. La température peut descendre jusqu'à -40°C. »
Il n'en fallait pas plus à cet amoureux de photographie et de découverte, parti en vingt ans à la rencontre d'une trentaine de peuples autochtones à travers le monde, pour faire ses valises et s'envoler vers la ville oubliée. Il revient aujourd'hui avec une quarantaine de clichés, qui ornent les murs de l'escalier menant à la bibliothèque des Champs Libres. Guide de luxe, il nous entraîne sur la piste de ces sept semaines passées chez les Gwitchins.
« Je n'ai jamais rencontré une telle souffrance »
Les grands espaces, le froid, la solitude, la couleur bleutée de la nuit sous la neige... Les photographies de Pierre de Vallombreuse ont cela en commun qu'elles n'incitent pas au voyage. Ou alors, ailleurs...
La première chose qui frappe en effet dans ces images placardées au mur : l'absence quasi-totale de vie humaine. Ou seulement un bras, sur l'un des bords du cliché, des jambes, un visage flou ou un homme de dos, au loin. « C'est un peuple qui a vécu de grands traumatismes. Je n'ai jamais rencontré une telle souffrance. L'alcoolisme et la drogue sont très présents. Ils ont une grande rancoeur envers les blancs. J'avais les autorisations signées et pourtant ils étaient très lunatiques avec moi. Un jour ils me saluaient, le lendemain ils m'enguelaient parce que je les photographiais. J'ai été respectueux de cet état et c'est pour cela que je ne les ai pas forcés. »
Devant l'image, un peu plus loin, de quelques maisons en bois recouvertes de corbeaux et d'une aire de jeu abandonnée sous la neige, on comprend mieux le caractère changeant et parfois renfermé des Gwitchins. « Dès que la nuit tombe, il n'y a plus rien à faire. Le seul bar a fermé. L'alcool est interdit pour lutter contre l'alcoolisme. Il arrive maintenant par avion, en contrebande. Les enfants ne jouent quasiment jamais, ils sont gavés de télé. Il n'y a que ça à faire. Ou alors, ils vont à la chasse, mais c'est rare, parce que ça coûte très cher. Tout est multiplié par dix, il faut tout importer. »
La chasse au caribou, l'identité des Gwitchins
La chasse... La chasse au caribou est, par excellence, ce qui fait l'essence de ce peuple Gwitchins depuis près de 20 000 ans. Les photographies sont nombreuses à en témoigner. Sur l'une d'entre elles, un caribou visiblement mort, traîné vers la rive. « Les chasseurs se mettent au milieu de la rivière et leur tirent une balle dans la nuque. Ils trouvent ça plus humain que de risquer de les blesser et de les laisser agoniser plus loin. Ils ne tuent jamais les femelles, ni les vieux mâles, seulement les jeunes, pour se nourrir et se faire des vêtements. »
Seulement voilà, les compagnies pétrolières lorgnent depuis de nombreuses années sur les terres censées accueillir la harde de quelques 130 000 têtes de la rivière Porcupine. « Ces dernières années, les projets d'exploitation pétrolière côté américain ont fait peser de lourdes menaces sur ces troupeaux. On ne l'explique pas vraiment mais lorsque j'y étais, seul un petit millier de caribous sont passés lors de la migration. » Plus loin, autre légende pour une autre photographie de chasseurs sur une rivière étrangement basse : certains évoquent le changement du climat.
Et le voilà tout le message de Pierre de Villombreuse, à travers cette exposition qui comportera quatre autres volets : « Je veux parler du rapport entre l'homme et son environnement ; les problèmes qui nous touchent aujourd'hui gravement de réchauffement climatique, de pollution... Cette exposition est là pour parler d'humanité durable, de diversité des cultures, bien avant de parler de développement durable. »
Pratique : Vernissage de l'exposition ce mercredi à 19h30.
Plusieurs rencontres sont prévues sur ce thème, dont deux plus particulièrement où les Champs Libres accueilleront le chef Gwicthin Joe Linklater, le jeudi 15 mai à 20h30 et le samedi 17 mai à 15h30.
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